Lorsqu’un couple décide de changer de région, il est rare que les deux personnes trouvent un emploi en même temps dans la même ville. Bien souvent, lorsque le premier trouve, le second réalise une démission pour « suivi de conjoint ». Cela lui permet de ne pas attendre d’avoir trouvé un emploi à destination pour pouvoir déménager avec son conjoint et parfois même ses enfants. Nous avons interviewé 3 de nos lectrices qui ont suivi leur conjoint : retour sur leurs expériences !

Prendre la décision de partir

Le choix de quitter Paris est rarement pris en quelques jours. C’est souvent une envie qui murît petit à petit, et qui se concrétise lorsqu’une opportunité professionnelle passe, car on se sent alors prêts à la saisir.

La raison principale du départ est de vouloir améliorer sa qualité de vie. La difficulté de se loger à Paris et en région parisienne pour une famille, étant souvent l’un des aspects concrets mis en évidence par les personnes interrogées : ce fut le cas pour Sophie, jeune trentenaire originaire du Havre qui était responsable ressources humaines dans une multinationale. Elle est partie vivre à Montpellier après 10 ans à Paris, région où son mari a eu une opportunité professionnelle : « L’arrivée du deuxième enfant fut le déclencheur. Nous souhaitions plus d’espace et n’avions pas trouvé d’appartement qui nous convenait à Paris et en périphérie. »

S’échapper du stress de la vie parisienne, souvent dans un rythme de vie effréné, est une autre raison principale comme en témoigne Sabrina, en couple avec deux enfants de 13 et 7 ans. Originaires de région parisienne et installés dans les Yvelines depuis 2010, qui ont choisi La Rochelle : « Mon travail ne m’épanouissait plus. Je n’arrivais pas à décompresser, je courais tout le temps ! Les factures à payer, les activités des enfants, les rendez-vous médicaux, l’organisation des dîners avec les amis, les soirées pyjamas pour les copains, les anniversaires : vous savez la charge mentale dont tout le monde parle ? [..] Bref, l’ambiance dans notre « belle » maison était devenue insupportable. »

Planifier son départ

Organiser le départ quand on est en couple, voire une famille avec enfants, n’est pas toujours une mince affaire. La solution la plus commune est de partir au moment où l’un des deux trouve un emploi, l’autre décidant de démissionner pour le suivre afin de ne pas vivre de période de séparation et de continuer sa recherche d’emploi sur place, ce qui semble plus facile. Ce fut le choix de Sophie, comme de Sabrina qui nous dit « C’est au retour de la promesse d’embauche de mon conjoint que nous avons démissionné tous les deux, le même jour ! ».

Pour Aurélie, 39 ans, maman de deux enfants (de 3 et 6 ans), qui a toujours vécu à Paris jusqu’à son départ au printemps dernier pour Montpellier, les choses furent un peu différentes, car elle eut la possibilité de terminer son contrat à distance, le temps de gérer sa passation. « Nous avons hésité entre partir tous les quatre début mars ou laisser aux enfants la possibilité de finir leur année scolaire. Après réflexion et avec l’accord de mon employeur, nous sommes partis tous ensemble pendant les vacances scolaires de février. J’ai poursuivi en télétravail quelques mois, le temps de boucler mes dossiers et d’organiser la passation avec ma remplaçante, et je suis sans activité depuis juin dernier. »

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L’arrivée dans une nouvelle ville

La recherche du logement

Aurélie nous explique que le télétravail fut un atout pour trouver un logement : « Nous avons effectué notre recherche d’appartement sur deux week-ends. Un premier pour découvrir la ville et repérer les quartiers où nous souhaitions nous installer, et un deuxième pendant lequel nous avons effectué une quinzaine de visites. Le fait d’être en télétravail a grandement facilité l’obtention d’un appartement car sinon, mes ressources (ARE Pole Emploi) n’auraient pas été prises en compte… »

Pour les villes où le marché est tendu, faire appel à un chasseur immobilier peut se révéler d’une grande aide !

L’installation

Le fait d’arriver sans emploi peut faciliter l’installation dans un nouvel environnement car cela permet de prendre le temps de se poser, de découvrir sa nouvelle ville, comme Sabrina en a fait l’expérience : « Cela m’a permis de tout faire pour que les enfants s’intègrent doucement et sans stress, d’emménager dans de bonnes conditions, de prendre le temps de déballer les cartons, de profiter de la région. »

Autre point positif dès l’arrivée, si les semaines n’étaient pas toujours évidentes pour Aurélie, elle a passé de super week-ends en famille « à découvrir une région magnifique à travers des randonnées, sessions plage, balades autour de lacs, promenades dans les villages … »
Cela la conforte dans son idée de l’amélioration de la qualité de vie, et contrebalance les aspects plus difficiles de la mobilité. « Nous avons vraiment gagné en qualité de vie. Mon conjoint travaille à 10 minutes de chez nous en vélo, nous avons un appartement plus grand. »

Les loisirs et les enfants : deux facteurs clés pour l’intégration

Les activités de loisirs sont de bons créateurs de liens sociaux comme en témoigne Sabrina : « Mon mari en tant que guitariste amateur a intégré un groupe de musique. Moi, je fais du théâtre d’improvisation. Nos activités nous ont permis de rencontrer de nouvelles personnes. »

En revanche, le télétravail est plutôt un frein à la rencontre de nouvelles personnes, surtout lorsque l’on travaille de chez soi, comme ce fut le cas pour Aurélie : « Les premiers mois n’ont pas été simples, car je travaillais chez moi avec ma fille de 2 ans à la maison. Je sortais peu et ne rencontrais personne. »

Pour ceux qui déménagent avec des enfants scolarisés, l’intégration et la rencontre de nouvelles personnes passe souvent en premier lieu par eux. Sabrina nous explique : « Nous sommes arrivées en juin en vacances, excepté pour notre fille, car elle a repris le chemin de l’école immédiatement pour les 2 dernières semaines de l’année scolaire. Cela lui a permis de se faire des copines et pour moi de discuter avec leurs parents en les croisant à la piscine et au marché en juillet et août. Elle s’est sentie rapidement intégrée. »

Ce fut aussi le cas pour Aurélie qui nous raconte : « Depuis la rentrée de septembre, nos deux enfants sont scolarisés : j’ai pu rencontrer des parents par l’école, je fais du sport et je commence à reprendre une vie sociale. »

Suivre son conjoint : création d’en déséquilibre ?

Si les deux conjoints avaient tous deux un emploi en région parisienne, la situation du suivi du conjoint peut créer un déséquilibre dans le couple auquel il faut savoir être attentif.

C’est le cas pour Sophie dont la famille est en Normandie et qui a déménagé à Montpellier, près de la famille de son conjoint. « On peut avoir l’impression de faire plus de compromis que l’autre : aller plus près de sa famille, c’était aussi abandonner la mienne. » Mais son conjoint aurait probablement fait la même chose, si elle avait eu une super opportunité professionnelle près de sa famille à elle.

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La recherche d’emploi sur place

L’entrepreneuriat comme alternative au salariat

Arrivées depuis 6 à 15 mois dans la région, nos trois lectrices n’ont pas encore retrouvé d’emploi à destination.

Sophie dont la mobilité est la plus ancienne, nous explique avoir décidé de se reconvertir dans l’entrepreneuriat « Au bout d’un an de recherche d’un emploi salarié intéressant, bien rémunéré et correspondant à mes compétences, je me suis fait une raison et j’ai fait une croix sur le salariat pour l’instant. »

Pour Sabrina, l’entrepreneuriat est vite devenu un choix et elle accepte de prendre son temps pour bien étudier son projet, tout en profitant de sa famille à cette période de transition pas toujours évidente : « je suis en réflexion sur un nouveau projet professionnel et je prends mon temps. Cette arrivée sans emploi n’a pas été stressante bien au contraire. J’ai pu m’occuper de ma famille dans les meilleures conditions pour que chacun se sente bien. J’ai aussi bénéficié des ARE pour suivi de conjoint fin octobre. Effectivement, cela facilite la décision de partir. Mais, de toute façon, je ne me voyais pas vivre loin de mon mari avec ou sans les enfants en attendant de trouver un emploi. »

Aurélie a un profil assez spécifique et ne trouve que peu d’offres d’emploi lui correspondant dans la région. Elle espère que le réseau qu’elle crée sur place va l’aider, mais il faut être patiente. Elle n’exclue pas l’idée de l’entrepreneuriat en cas de difficultés prolongées « Je me doute que la recherche sera longue mais j’espère que nous y gagnerons … En cas d’échec, je réfléchis également à entrepreneuriat car cette idée m’attire, mais pour l’instant je sèche un peu sur la question ! »

Une période de transition qui peut être longue et source de stress

L’arrivée sans emploi est aussi une source de stress car en plus de cette recherche qui peut être longue, « il y a aussi un nouvel environnement à s’approprier, de nouveaux codes sociaux a intégrer en fonction des régions. » nous explique Sophie.

Pour Aurélie aussi, cette recherche d’emploi est stressante même si elle a de bons côtés : « Je vis donc actuellement une période assez angoissante, en espérant avoir fait le bon choix. Paradoxalement, j’aime cette pause, qui me permet de prendre du temps pour moi, de profiter de mes enfants. Je bénéficie désormais des ARE (grâce à une rupture conventionnelle), ce qui nous permet aujourd’hui de vivre sereinement. J’espère juste que cette période ne durera pas trop longtemps. »

Alors suivre ou ne pas suivre son conjoint ?

Si l’expérience de la mobilité en suivant son conjoint n’est pas simple tous les jours, nos lectrices sont toutes unanimes sur un point : elles recommandent sans hésitation cette aventure !

Sophie : « Une mobilité, avec le recul c’est une aventure de vie qui nous sort de notre zone de confort et c’est toujours une expérience intéressante. Quand on accepte le changement, il peut se révéler extrêmement bénéfique pour sa famille, son couple et soi-même. »

Aurélie : « Aujourd’hui, oui, je recommanderai à ceux qui hésitent de se jeter à l’eau ! Si on se pose trop de questions, on risque l’immobilisme … Maintenant il faut s’attendre à traverser des périodes difficiles, à broyer du noir de temps en temps et à perdre parfois un peu espoir … Mais j’y crois encore ! En espérant que l’avenir ne me fasse pas changer d’avis 🙂 »

Sabrina : « Lorsque l’on choisit de partir et de changer de région, il est très difficile de maîtriser tous les paramètres : vendre son logement, en trouver un autre, démissionner, trouver un nouvel emploi, les écoles des enfants … Mais, il faut bien communiquer dans le couple et avancer étape par étape. Chacun doit faire en fonction de ses envies et de ses convictions pour arriver épanoui et confiant pour de nouvelles aventures.

Il faut trouver le bon équilibre dans la construction et l’avancement du projet.
Sans emploi en arrivant, je me suis consacrée à ma famille et à notre installation matérielle. J’ai visité la région. Cela m’a permis aussi de faire une pause devant une belle page encore blanche, à écrire. Je voulais être disponible dans ma tête également, et mon bonheur passe aussi par celui de mes enfants. J’avais un peu peur de me sentir seule mais la pratique du théâtre m’a permis de faire très rapidement de belles rencontres. Quand on est positif les choses se font naturellement. Alors si vous avez envie de changer de région, foncez ! Rester c’est exister, mais voyager c’est vivre ! (Gustave Nadaud) »