Lucile n’a pas quitté Paris pour un poste précis, ni pour suivre quelqu’un. Elle est partie parce qu’elle ne se projetait plus dans la suite. Quelques mois plus tard, elle a construit son propre cadre de travail, dans un domaine qui lui tient à cœur : l’alimentation durable. Un chemin qui ne s’est pas fait en ligne droite, mais qui lui a permis d’aligner enfin son quotidien avec ses envies.

Quitter Paris sans projet précis, mais avec une intuition forte

Une vie parisienne pleinement assumée

Lucile a longtemps voulu vivre à Paris, et elle s’en est donné les moyens. “J’avais vraiment envie de vivre Paris donc je me suis démenée pour trouver un poste dans une grosse structure avec lequel financièrement je pouvais avoir un appartement dans Paris et vivre correctement.”

Elle travaille dans le conseil en transformation des entreprises, avec une spécialisation dans le secteur agricole et agroalimentaire. “A Paris, je travaillais pour une structure de conseil. J’intervenais sur des coopératives agricoles ou des industries agroalimentaires.”

Son rythme est soutenu. “J’étais en déplacement 3 à 4 jours par semaine, train le lundi matin, retour le mercredi ou jeudi, et télétravail le vendredi.” La semaine est tournée vers le travail, les week-ends vers la vie parisienne. “Je profitais surtout de Paris le week-end, toujours un truc à faire : musée, expos, musique, des amis à voir.”

Elle habite derrière Montmartre, dans un quartier qu’elle aime particulièrement. “Un bon mix entre tourisme, petits commerces, de la couleur… et toutes les gares pour aller partout.”

Le moment où la projection devient difficile

Petit à petit, quelque chose change. “L’idée a commencé à apparaître quand je réfléchissais à ce que je voulais faire des prochaines années et que je voyais bien qu’elles n’allaient pas être à Paris.”

Le Covid joue un rôle important. Avec moins de déplacements, elle a plus de temps pour réfléchir, lire et se former. “J’ai découvert l’asso sur la résilience alimentaire dont je fais toujours partie aujourd’hui.” Elle commence aussi à imaginer autre chose. “J’ai commencé à réfléchir avec une amie à monter un projet de bocaux du monde.”

Un autre déclic arrive lors d’un déplacement professionnel. “Je me suis dit que je voulais diminuer les déplacements, que ce taf après 2 ans n’allait pas m’apporter beaucoup plus.” Et une nuit à l’hôtel marque un tournant. “J’ai fait une insomnie (je ne fais jamais d’insomnie) donc pour moi c’était clairement le signe que j’étais arrivée au bout.”

Le lendemain matin, elle prend une décision et se lance.

portrait de Lucile, jolie vue sur Lyon

Se lancer, tester, et construire son propre cadre

Partir sans tout sécuriser

Le principal frein n’est pas professionnel. “Ce qui m’a surtout freiné, c’est que je ne savais pas où aller et personne avec qui y aller.” Elle sait ce qu’elle ne veut plus, mais pas encore ce qu’elle va faire. “Juste mon envie…”

Pour avancer, elle s’appuie sur des sécurités simples. “J’ai appelé ma famille pour savoir si je pouvais rebondir chez eux si besoin.” Elle teste aussi l’entrepreneuriat. “J’ai fait une première mission de conseil en indépendante pour me tester.”

Elle décide ensuite d’explorer une ville. “J’ai appelé un pote à Lyon pour qu’il m’accueille quelques jours.”

Une transition rapide vers une nouvelle vie

Entre l’idée et le départ, tout s’accélère. “Je dirais qu’il s’est passé 9 mois entre l’idée et la concrétisation.” Puis, elle organise son départ intelligemment. “Calculer mes indemnités chômage et voir comment développer une activité en parallèle.”

Lyon s’impose progressivement. “J’ai choisi cette ville parce que j’avais un ami sur place, qu’on peut aller partout, et que c’est proche des montagnes.” Et aussi parce qu’un projet entrepreneurial se dessine à proximité. “L’amie avec qui on réfléchissait au projet habitait vers Annecy.”

Créer son propre job et trouver son équilibre

Construire une activité alignée avec ses valeurs

Le début demande des ajustements. “Me projeter dans une vie où j’allais gagner deux fois moins.” Alors, elle s’investit dans deux projets en parallèle. “Les bocaux du monde et le conseil, ça m’a demandé beaucoup d’énergie.”

Mais progressivement, elle construit quelque chose qui lui correspond. “Aujourd’hui, je suis entrepreneuse salariée dans une coopérative spécialisée dans l’alimentation durable.” Elle accompagne des collectivités : “je fais du conseil sur la relocalisation agricole et alimentaire et la structuration de filières durables.”

Son organisation a complètement changé. “Je travaille 4 jours par semaine, une demi-journée pour mes engagements associatifs et une autre pour moi.” Et surtout, elle a créé son propre cadre. “J’ai créé mon emploi.”

nouvelle vie pour Lucile en famille à Lyon

Une vie qui a complètement changé

Son quotidien n’a plus rien à voir avec ses débuts. “Aujourd’hui, j’ai un bon réseau d’amis, un partenaire, deux enfants…”

Elle a trouvé un équilibre. “Je ne me déplace qu’en vélo et j’adore cette vie.” Même si, elle l’avoue, l’intégration a pris un peu plus de temps. “Après 30 ans, les gens ont déjà leur cercle.” Lucile s’appuie alors sur plusieurs leviers. “La colocation, les potes de potes, puis la crèche et l’école.”

Avec le recul, son constat est clair. “Ça a tout changé, ça a été le point de démarrage d’un nouveau chapitre.” Elle a fait certains compromis au départ, notamment sur le quartier et sur la rémunération. Mais aujourd’hui, elle a trouvé ce qu’elle cherchait.

 

 

Le parcours de Lucile montre qu’il est possible de quitter Paris sans plan précis et de construire, progressivement, une activité qui a du sens. En testant, en s’adaptant et en explorant d’autres façons de travailler, elle a créé un cadre qui lui correspond vraiment.

Son conseil est simple. “À un moment, il faut se lancer, aucun changement ne se fait tout seul.” Et surtout. “Il y a mille et une manières de travailler, de se loger, de rencontrer des gens… il faut juste aller chercher un peu en dehors de son réseau habituel.”