Pétillante et drôle, la comédienne et humoriste Naho a rejoint Joinville en Champagne depuis une quinzaine d’années. Rien ne devait sceller son destin dans cette région, mais un coup de cœur pour une vieille bâtisse lui a donné envie de vivifier la vie culturelle de ce coin de Champagne-Ardenne. Le théâtre de la Lucarne, ouvert depuis 2018, incarne ce changement de vie et ce parcours hors du commun.

La vie avant Joinville en Haute Marne

Naho, « bourgeoise parisienne » à l’origine, ainsi qu’elle se définit pour retracer sa vie avant la Haute-Marne, avait quitté Sainte-Maxime et une villa de rêve (avec piscine et palmiers) depuis peu quand elle a découvert ce département. Elle était alors installée, avec son mari, à Grenoble, pour prendre des cours de danse auprès d’un professeur réputé.

Elle est alors invitée à participer au festival de théâtre « La Plume verte », qui se tient chaque année à Thonnance-lès-Joinville (en Haute-Marne) depuis 1991. Et c’est à l’occasion d’un weekend passé chez l’organisateur du festival (Michel Fournier) qu’elle découvre pour la première fois le département qui va devenir sa patrie d’adoption. Elle et son mari sont subjugués par la gentillesse et la générosité de leurs hôtes. Ces derniers se lamentent sur l’inertie de la vie culturelle dans la région, qui se manifeste notamment par la fermeture du cinéma de Joinville.

Le projet de s’installer en Haute-Marne

Par curiosité, les « bobos parisiens » (comme elle le dit avec beaucoup d’auto-dérision) acceptent de visiter ce cinéma à l’abandon. « C’était une bâtisse horrible, il n’y avait pas de lumière. On a dû aller acheter des lampes frontales pour visiter ! C’était dans un tel état de délabrement que j’avais peur d’attraper le tétanos ! » se souvient Naho. Mais, au détour d’un bel escalier, quelque chose se passe, comme un élan, une inspiration, un coup de cœur venu d’on ne sait où. « Il y avait une histoire, une âme, dans ce lieu ».

Trois jours plus tard, Naho et son mari Gérard font une proposition d’achat au propriétaire, laquelle est acceptée. Les voici en possession d’une immense bâtisse à rénover entièrement.
Pour eux, c’est un défi. « On ne connaissait personne, on n’avait pas d’amis ici. Je ne comprenais rien à ce que les gens disaient car ils parlent très vite. Mais on en a fait une affaire personnelle : on voulait que ce lieu appartienne à la population. On se disait que ce n’était pas parce que les gens habitaient à la campagne qu’ils ne devaient pas avoir accès à la culture ».

En à peine un mois, Naho et son mari ont déménagé. Ils s’installent alors dans un appartement à côté de l’ancien cinéma. Ce n’est qu’à la fin des travaux qu’ils ont pu emménager dans la bâtisse, au dernier étage.

vivre joinville

Quai des Peceaux
© P. Lemoine

L’arrivée et l’intégration en Haute-Marne

Des débuts mitigés à Joinville en Champagne

Naho et son mari vont mettre toutes leurs économies et toute leur énergie dans la rénovation du bâtiment. Douze ans de travaux, effectués à l’aide de tutos sur Youtube et de livres de bricolage. Ils sont tellement souvent au Brico Marché du coin qu’ils sympathisent avec les propriétaires, lesquels sont devenus « une seconde famille ».

Mais l’accueil de la population est un peu froid. « Les gens ne comprenaient pas pourquoi des bobos venaient s’installer ; ils pensaient qu’on venait pour leur expliquer la vie, se souvient la comédienne à l’humour corrosif. J’avais l’impression d’habiter dans la ville d’Hitchcock, où il aurait pu tourner le film Les Oiseaux ! ». Il faut dire que Naho ne passe pas inaperçue avec ses tenues théâtrales, son franc-parler et son extraordinaire énergie. Dans la petite ville (moins de 5000 habitants), elle dénote.

portrait joinville haute marne

Théâtre de Joinville
© oh’IS

Une adoption réciproque au bout de quelques années

Heureusement, au fil des années, l’ambiance s’est nettement détendue. « Les gens qui nous détestaient se disent qu’ils ont été stupides. Aujourd’hui, on m’apporte des croissants, des confitures pour mon petit-déjeuner, sans que je demande rien à personne. J’ai des mirabelles pour jusqu’en 2072 ! ».

Mieux encore, quand le théâtre de la Lucarne a enfin pu ouvrir, la population était au rendez-vous. Comme Naho a pris soin de faire participer un maximum de gens à cette aventure (les planches sucrées et salées offertes à la dégustation, par exemple, dans le « bar à pépettes » du théâtre, sont élaborées avec les produits (bio) des gens du coin), les spectateurs ont l’impression que c’est aussi un peu leur spectacle. Une équipe de bénévoles « d’enfer » est là pour prêter main forte.

Tous les spectacles affichent complet, et l’école de théâtre ne désemplit pas depuis des années. « Les gens nous confiaient leurs enfants alors même que les travaux n’étaient pas terminés, c’était un truc de dingue ! Maintenant ces élèves sont mamans et nous confient leurs enfants ». Certains habitants de Joinville sont même allés voir Naho jouer à Lyon, preuve s’il en est que la comédienne a su parfaitement s’intégrer à Joinville. « Les gens sont comme ils sont, mais il ne faut pas les mépriser. A partir de là, tout est possible » assure-t-elle.

La vie en Haute-Marne

Naho et son mari Gérard se sont fait de nombreux amis depuis leur arrivée. Presque chaque jour, ils déjeunent avec les uns ou les autres. La comédienne salue le sens de l’innovation du maire, qui fait beaucoup pour la ville. Elle est surtout désireuse de voir le potentiel de son département d’adoption prendre vie : « Il y a un potentiel de dingue ici. Par exemple, on a un château magnifique, mais il n’est pas bien exploité. On a aussi des hôtels et restaurants excellents. L’été, on peut faire du pédalo, louer un bateau, se balader au lac… Au printemps, les paysages sont sublimes. C’est vraiment bien, sinon on ne serait pas restés ».

Très occupée par ses tournées théâtrales et le théâtre de la Lucarne, Naho ne cesse pourtant pas d’innover. En plus des spectacles qu’elle fait venir à Joinville (auxquels viennent assister des gens de Reims ou d’ailleurs), des cours de théâtre qui perdurent, elle a mis en place des résidences d’artiste et poursuit des objectifs de création artistique.

« On a une vie plutôt jolie » résume-t-elle.

portrait culture haute-marne

Château du Grand Jarind – Joinville
© Conseil Départemental de la Haute-Marne

Un bilan très positif

Naho est heureuse d’avoir relevé son défi et de faire vivre la culture dans cette petite ville de la Haute-Marne, avec l’aide de ses habitants. Elle invite tous ceux qui seraient tentés de s’installer dans le département à ne pas hésiter.

« Venez et faites ce que vous avez envie de faire, et vous verrez que c’est possible. Il faut simplement aller jusqu’au bout de son envie, ne pas avoir peur de se tromper. On apprend à vivre avec des gens différents, ce n’est pas un problème, j’en suis la preuve ! ».

Avec des projets plein la tête et un véritable amour pour la Haute-Marne, nul doute que Naho n’a pas fini de faire bouger les lignes.

Réalisé en partenariat avec le département de la Haute-Marne