Dernière mise à jour le 12 janvier 2026

Chaque mois de janvier, une question revient sur toutes les tables françaises. Frangipane ou brioche ?
Derrière ce débat apparemment gourmand se cache une vraie histoire de territoires, de traditions locales et de transmission familiale. La galette des rois n’est pas une recette unique. C’est un marqueur culturel, qui raconte la diversité française bien mieux qu’un long discours.

Une fête bien plus ancienne que la pâtisserie

À l’origine, la galette des rois ne parle pas de beurre, d’amandes ou de fruits confits. Elle vient de l’Antiquité. Les Saturnales romaines célébraient déjà le solstice d’hiver. On partageait alors un gâteau dans lequel était cachée une fève. Celui qui la trouvait devenait roi d’un jour, sans distinction de rang social.

La tradition traverse les siècles, se christianise avec l’Épiphanie, puis s’enracine dans les foyers français. Au fil du temps, chaque région adapte la recette avec ce qu’elle a sous la main, ses goûts et ses habitudes.

Résultat : une même fête, mais des galettes très différentes selon l’endroit où l’on vit.

La galette à la frangipane, reine du Nord et de l’Ouest

C’est celle que beaucoup considèrent comme “LA” galette des rois. Une pâte feuilletée, une crème à base d’amandes, de beurre, de sucre et d’œufs, et une fève bien cachée.

On la retrouve majoritairement dans le nord de la France, en Île-de-France, en Normandie, en Bretagne ou encore dans les Pays de la Loire.
Pourquoi ici ? Pour des raisons très concrètes : la culture du beurre, l’influence des pâtisseries parisiennes au XIXe siècle, et l’essor des boulangeries artisanales dans les villes.

La frangipane telle qu’on la connaît aujourd’hui se diffuse largement à partir du XIXe siècle, portée par Paris et ses artisans. Elle devient peu à peu la norme dans les grandes agglomérations et les régions voisines.

La brioche des rois, symbole du Sud

Dans le Sud, parler de frangipane peut presque créer un malaise. Ici, la tradition, c’est la brioche. Souvent appelée “couronne des rois”, elle est parfumée à la fleur d’oranger et décorée de fruits confits.

On la retrouve en Provence, en Occitanie, dans le Sud-Ouest et jusqu’en Catalogne française. Cette version est héritée des traditions méditerranéennes, proches des gâteaux des rois espagnols ou italiens. La brioche y symbolise l’abondance, le soleil, et un certain rapport au temps long, celui des grandes tablées familiales.

Elle se partage plus qu’elle ne se découpe, et reste souvent présente plusieurs jours sur la table.

D’autres galettes, d’autres territoires

La galette comtoise (Franche-Comté)

Aussi appelée galette de Goumeau, elle n’a rien à voir avec la pâte feuilletée. C’est une pâte fine, proche d’un flan, parfumée à la fleur d’oranger. On la partage depuis des générations en Franche-Comté, souvent faite maison. Une galette simple, presque minimaliste, qui reflète une culture culinaire sobre et transmise dans l’intimité familiale.

Le royaume ou gâteau des rois (Sud-Ouest)

Dans certaines zones du Sud-Ouest, la brioche prend une forme plus dense, parfois sans fruits confits, appelée royaume. Elle est souvent moins décorative mais plus nourrissante, pensée pour durer plusieurs jours, et partagée au fil des visites.

Les gâteaux secs ou brioches simples (Est et Alsace)

Dans certaines familles d’Alsace ou de Lorraine, la tradition repose sur un gâteau plus sec ou une brioche nature. Ici, l’essentiel n’est pas la recette spectaculaire, mais le moment partagé. La fève reste centrale, le reste est plus sobre.

Un choix qui dit souvent d’où l’on vient

Frangipane ou brioche, ce n’est pas qu’une question de goût. C’est souvent une histoire d’enfance, de territoire, de souvenirs précis. La galette que l’on préfère est souvent celle de ses origines, ou celle du lieu où l’on s’est installé et où l’on a recréé des habitudes.

Et c’est là que la galette devient intéressante. Elle montre comment les traditions suivent les mobilités. On arrive dans une région avec ses réflexes, puis on adopte peu à peu ceux du territoire. Ou on mélange les deux.

Ce que cette tradition dit de nos régions

La galette des rois est un détail du quotidien. Mais elle dit beaucoup. Elle parle de diversité culturelle, de géographie, de transmission. Elle rappelle que la France n’est pas uniforme, et que chaque région a ses codes, parfois discrets, mais bien réels.

Pour celles et ceux qui rêvent d’ailleurs, ce sont souvent ces petits écarts culturels qui font le charme d’une nouvelle vie. Pas les grands symboles, mais les rituels simples, ceux qui reviennent chaque année et finissent par vous ancrer quelque part.

Et vous, plutôt frangipane ou brioche ?

Si ces traditions régionales vous intriguent, c’est souvent le signe qu’un territoire vous attire déjà.
Sur Paris je te quitte, on explore aussi ces détails du quotidien qui aident à se projeter ailleurs, doucement, concrètement, sans folklore forcé.

Sources
– Ministère de la Culture, dossiers sur l’Épiphanie et les traditions populaires
– Ouvrages de référence en histoire de l’alimentation, notamment Jean-Louis Flandrin, Histoire de l’alimentation
– Observations régionales et traditions locales relayées par les chambres de métiers et de l’artisanat (CMA)