Dernière mise à jour le 22 octobre 2026
Dans la Creuse, à Chéniers, Malvina a repris avec son compagnon le restaurant du Moulin de Piot, un lieu qu’elle connaissait depuis plusieurs années. À Dun-le-Palestel, Benoit a rouvert une boulangerie, la Baguette Dunoise, après avoir découvert le territoire au cours de ses voyages à vélo. Derrière ces reprises, il y a bien sûr un projet professionnel. Mais leur installation raconte aussi autre chose : la possibilité de reprendre une activité déjà connue des habitants, d’y apporter ses propres idées et de trouver progressivement sa place.
De la région parisienne à la Creuse, deux chemins vers la reprise d’activité
À 25 ans, Malvina quitte une carrière qui avait pourtant bien commencé
Malvina connaissait la Creuse bien avant d’imaginer y travailler. Sa famille y possédait une maison de campagne et, pendant une dizaine d’années, elle y est venue régulièrement. Le territoire faisait donc déjà partie de son histoire. Professionnellement, sa trajectoire semblait pourtant l’emmener ailleurs. À 25 ans, elle travaillait comme cadre dans la communication et le marketing en région parisienne. Une carrière qui démarrait bien, mais dans laquelle elle commence à s’interroger sur ce qu’elle souhaite faire au quotidien.
Le travail de bureau lui convient de moins en moins. Elle apprécie davantage les moments liés à l’événementiel, où elle retrouve le contact direct avec les autres. Peu à peu, une question prend de la place : qu’est-ce qui pourrait davantage lui correspondre ? La réponse arrive pendant un week-end en Creuse. Malvina découvre une annonce recherchant de nouveaux gérants pour le restaurant du Moulin de Piot, à Chéniers. De retour à Paris, elle continue d’y penser pendant plusieurs semaines, puis décide de candidater.
« Si on m’avait dit il y a deux ou trois ans : “Tu vas partir de Paris et ouvrir un restaurant”, j’aurais répondu que ce n’était pas possible. »
Son compagnon accepte lui aussi de quitter son poste à Paris et de s’engager dans le projet. L’entreprise est créée en avril 2025 et le restaurant ouvre début juin.
Pour Benoit, la Creuse arrive après une première reconversion
Benoit arrive avec un parcours différent. Après vingt ans comme ingénieur informatique, il devient boulanger en 2018 et se spécialise dans le pain bio au levain. Il exerce d’abord en région parisienne, dans un fournil fonctionnant sur commande et en livraison. C’est à vélo qu’il découvre la Creuse. Lors d’un séjour chez un ami, il repère une première boulangerie à reprendre. Plus tard, de passage à Dun-le-Palestel, il apprend qu’une autre attend son repreneur. Il contacte la mairie et le projet commence à se dessiner.
Cette fois, Benoit ne change pas de métier : il cherche un lieu où développer son activité autrement. Son défi consiste à passer d’un fournil francilien à une boulangerie de centre-bourg, avec une clientèle et des habitudes déjà installées.
Reprendre un commerce déjà connu des habitants
Au Moulin de Piot, redonner une activité régulière à un lieu historique
À Chéniers, le Moulin de Piot fait partie de l’histoire locale et plusieurs générations d’habitants y ont leurs souvenirs. Malvina et son compagnon reprennent donc un lieu qui possède déjà une identité, tout en cherchant à lui donner leur touche. En plus du restaurant, ils organisent des concerts, braderies, après-midis jeux de société ou karaokés. Après deux saisons, la prochaine réouverture est prévue le 1er mai 2027, avec l’objectif de poursuivre ces rendez-vous. Le couple développe aussi ses liens avec les producteurs du secteur : les fruits rouges viennent notamment d’une ferme de Chéniers, les bières de brasseries locales et la viande proposée est limousine.
Pour Malvina, c’est aussi ce qui donne du sens à son changement professionnel : voir les habitants revenir, se rencontrer et s’approprier le lieu.
À Dun-le-Palestel, Benoit doit trouver son propre équilibre à la Baguette Dunoise
À Dun-le-Palestel aussi, les clients avaient leurs habitudes. Benoit arrive avec une spécialité bien à lui : le bio, le levain et les approvisionnements locaux. Il propose notamment un pain complet bio au levain, préparé avec une farine locale Fleur de Berry, ainsi qu’une baguette bio au levain, son défi quotidien. Les premiers mois lui permettent aussi de mieux cerner les attentes de sa clientèle, notamment en pâtisserie. Benoit décide alors de préparer un CAP pâtissier en candidat libre afin d’élargir l’offre de la Baguette Dunoise.
Son installation se joue également hors de la boutique. Il participe par exemple aux Foulées du Rail, une course de dix kilomètres organisée dans la commune. Une façon simple de rencontrer les habitants et de prendre part à la vie locale.
Être accompagné pour transformer une idée en entreprise
Des collectivités présentes aux différentes étapes
Malvina comme Benoit insistent sur le rôle joué par les acteurs locaux dans leurs projets. À Chéniers, la mairie a choisi de faire confiance à Malvina et à son compagnon malgré leur jeune âge et leur parcours éloigné de la restauration. La communauté de communes et plusieurs entreprises locales les ont également accompagnés au moment de leur installation.
Pour Benoit, cette proximité a eu un effet très pratique. Le maire, également président de la communauté de communes, a pu l’aider sur certaines démarches liées à la reprise. Dans un projet où les documents, financements et délais s’enchaînent, pouvoir identifier rapidement le bon interlocuteur lui a fait gagner un temps précieux. Il a également été accompagné par Initiative Creuse pour travailler son dossier financier, son étude de marché et son positionnement. Ces échanges l’ont amené à challenger son projet et, notamment, à envisager un espace épicerie. La communauté de communes a par ailleurs participé au financement via le prêt d’honneur.
« Il faut se faire accompagner. Il y a des gens qui connaissent ces projets et qui peuvent aider à éviter certaines erreurs. »
Pour Benoit, ce conseil vient aussi de sa première reconversion : entreprendre ne signifie pas devoir maîtriser seul chaque étape.
Une intégration qui passe aussi par l’activité professionnelle
Le restaurant et la boulangerie mettent rapidement Malvina et Benoit au contact des habitants, même si leur intégration se construit progressivement. Pendant sa première saison, Malvina conserve son emploi parisien afin de privilégier les salaires de son équipe. Entre les allers-retours et les journées de haute saison, son quotidien reste très chargé. Benoit continue lui aussi à gérer son fournil francilien à distance pendant ses premiers mois en Creuse. Son réseau se développe peu à peu grâce à la boutique : des clients l’invitent à déjeuner, des partenariats se créent et le bouche-à-oreille fait connaître ses pains.
Entreprendre en Creuse, et construire une vie autour de son projet
Une activité qui ouvre aussi sur la vie locale
Reprendre une entreprise reste intense, particulièrement les premières années. Mais Malvina comme Benoit apprécient le lien direct créé par leur activité. Au Moulin de Piot, cela passe par les événements et les collaborations avec les producteurs locaux. À la Baguette Dunoise, Benoit voit chaque jour les clients revenir et lui parler de ses produits. Tous deux cherchent ainsi à développer leur entreprise tout en l’inscrivant dans la vie de leur commune.
Deux parcours différents, un même conseil pour se lancer
Leurs parcours montrent aussi qu’il n’existe pas une seule façon de se lancer. Malvina ne venait pas de la restauration et change de métier à 25 ans. Benoit avait déjà effectué sa reconversion plusieurs années auparavant. Aujourd’hui, tous deux referaient ce choix. Malvina prépare une nouvelle saison au Moulin de Piot et souhaite continuer à faire évoluer le lieu. Benoit développe la Baguette Dunoise tout en préparant son CAP pâtissier.
Leur conseil pour ceux qui envisagent une reprise en Creuse se rejoint : regarder les opportunités qui existent et s’entourer pour construire son projet. Derrière un restaurant ou une boulangerie à reprendre, il y a aussi une clientèle, une histoire locale et une place à trouver !
Photo principale : Malvina et son équipe
Réalisé en partenariat avec l’Esprit Creuse