Dernière mise à jour le 8 avril 2026
Après plus de 40 ans à Paris, Sophie n’avait pas forcément prévu de partir. L’idée s’est installée progressivement, sans urgence, jusqu’à devenir concrète. En s’installant à 1h de la capitale, elle n’a pas tout changé. Elle a gardé son travail, ses habitudes, et ajusté son quotidien pour trouver un autre équilibre.
Une réflexion qui s’installe dans le temps
“Je suis parisienne depuis l’enfance”
Sophie a toujours vécu à Paris. Plus de quarante ans passés dans la capitale, à la traverser dans tous les sens, pour ses études comme pour sa vie professionnelle. “Je suis parisienne depuis l’enfance, soit plus de 40 ans. J’ai donc traversé Paris de long en large que ce soit pour mes études (Sorbonne Université) ou pour mon travail : j’ai travaillé vingt ans dans le secteur culturel (France Livre, Bibliothèque nationale de France).”
Son quotidien est dense, structuré autour du travail et d’une vie culturelle très active. “Mon rythme a toujours été intense : longues journées de travail à Paris ou à l’étranger et sorties le soir. L’offre parisienne de spectacles vivants est abondante et diverse.”
Elle connaît toutes les facettes de la vie parisienne. “J’ai connu Paris célibataire, en couple, mariée, avec des enfants (pas les miens mais ceux de mes proches).” Et pourtant, une première réflexion apparaît progressivement. “En 2017, j’ai eu deux collègues qui travaillaient à Paris mais habitaient hors de la région parisienne. À les écouter, je devinais que les week-ends étaient d’une autre nature que les miens et qu’ils n’avaient pas choisi entre Paris et la campagne.”
Sans que ce soit encore un projet concret, quelque chose se met en place. “Je sentais qu’ils avaient trouvé un équilibre. Ma réflexion inconsciemment commençait.”
Le déclic : partir sans tout quitter
La question du départ devient plus concrète avec l’arrivée du télétravail. “La question d’un départ à 1h ou 2h de Paris s’est posée concrètement grâce au levier du télétravail.”
Changer à la fois de lieu de vie et de travail ne lui semble pas réaliste. L’idée est plutôt de trouver un équilibre. “Tout changer en un coup semblait compliqué. Il nous paraissait important de ne pas faire l’aller-retour chaque jour pour gérer la fatigue et assurer une vraie intégration dans la région choisie.”
Le confinement joue alors un rôle décisif. “Comme beaucoup, la période de confinement a été un vrai catalyseur. Paris vide n’est qu’un bitume triste.” Au même moment, plusieurs projets immobiliers n’aboutissent pas. “Des projets immobiliers avortés nous ont fait reconsidérer notre périmètre géographique.”
Le déclic se fait lors d’un week-end. “À la faveur d’un week-end entre amis, nous avons découvert Sens et sa région. Un coup de cœur immédiat.” S’ensuivent des recherches très actives. “Nous avons lu plus de 200 annonces et visité une trentaine de maisons et d’anciennes fermes.”
Passer à l’action sans tout sécuriser
Tester, rencontrer, s’ancrer
Le principal frein reste professionnel. “Le principal frein est le risque de ne pas pouvoir maintenir à moyen terme l’ensemble des activités professionnelles que nous menions.” Son mari travaille dans les effets spéciaux, elle est responsable d’équipe à la BnF et co-responsable d’un master. Ils envisagent alors une évolution. “Nous avons pris le risque réfléchi qu’une reconversion partielle ou totale serait à envisager.”
Un autre enjeu important est le choix du lieu de vie. “Nous souhaitions être au cœur d’un lieu de vie pour éviter l’isolement, tout en ayant un accès direct à la nature et des transports à proximité.”
Pour avancer, ils s’appuient sur le terrain. “Ce qui nous a aidé, c’est d’échanger avec les habitants.” Ils testent concrètement leur future vie. “Nous avons testé pendant un mois en plein hiver la vie dans le village bourguignon, et pendant plus d’un an à Sens dans un appartement.”
Le verdict est clair. “On était bien et on se sentait prêts. Prêts dans le sens où on ne ressentait pas de nostalgie parisienne mais une nouvelle énergie.”
Une transition rapide et exigeante
Le passage à l’action est direct. “On a acheté une maison dans un village situé à 15 minutes de Sens, à réhabiliter entièrement.”
Pendant les travaux, ils s’installent à Sens. Son mari met son activité entre parenthèses pendant un an et demi pour gérer les travaux. “Il a travaillé quasiment seul en prenant en charge tous les corps de métier.” De son côté, Sophie continue à mener ses activités à Paris. “J’ai continué à mener de front mes deux activités sur plusieurs années. C’était très sportif.”
Avec le recul, elle mesure l’intensité de cette période. “Maintenir mes deux activités à Paris a été très difficile.” Et souligne un point important. “Je pense que s’accorder plus de temps aurait permis de mieux préserver notre santé mentale et physique.”
Mais leur choix repose aussi sur une conviction. “Le plus gros risque d’un projet est de s’embourber : ne pas parvenir à finir les travaux et s’installer dans une maison perpétuellement en chantier.”
Une nouvelle vie ancrée… mais toujours reliée à Paris
Un quotidien transformé
Ce qui change le plus, c’est l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle. “Le fait de posséder une maison, un jardin, une forêt à côté est un appel immédiat à laisser l’ordinateur le week-end.” Elle parle d’un changement profond. “C’est une révolution heureuse qui répond à nos attentes de départ.” Pour son mari, cela a même conduit à une reconversion. “Il est aujourd’hui artisan dans la région, loin des ordinateurs.”
La vie sociale évolue aussi. “On se reçoit beaucoup plus chez les uns et les autres.” Les relations sont différentes. “J’ai le sentiment qu’on prend le temps de converser ici, qu’on est moins dans la frénésie quotidienne de Paris.”
Elle observe également les réalités locales, sans les idéaliser : désert médical, importance de la voiture, équilibre du commerce local.
S’intégrer et trouver sa place
L’intégration repose sur une dynamique collective. “On s’est facilement intégré car les personnes ont été d’accord pour nous accueillir.” Elle insiste sur un point. “Il n’y a pas de miracle : c’est une volonté partagée.”
Ils bénéficient rapidement d’un réseau. “Nous avons eu la chance de rencontrer des amis d’amis qui nous ont ouvert leur porte.” Sophie choisit de s’investir localement. “J’ai participé à la vie associative et aux initiatives collectives.” Et aujourd’hui, le sentiment est clair. “Nous avons le sentiment de faire partie d’une communauté.”
Salon du polar de Sens 2023, table-ronde avec Bernard Nimier et Céline Denjean, théâtre municipal de Sens – ©Association l’Escargot noir
Avec le recul, Sophie ne parle pas de rupture mais d’ajustement. “J’ai le sentiment d’avoir trouvé le juste compromis : ne pas renoncer à tout mais ajuster au mieux.” Elle a conservé une partie de sa vie parisienne tout en construisant autre chose ailleurs. “J’ai gardé une vie professionnelle, amicale et culturelle à Paris et j’ai gagné un cadre de vie serein, un cercle amical et une proximité avec la nature.”
Son conseil reflète son parcours. “Il faut que le changement soit le fruit d’une petite musique qui trotte à bas-bruit dans la tête depuis un moment.” Et surtout. “Il faut s’assurer d’être prêt à 80%. Les 20% restants, c’est le hasard de la vie.” Un départ qui n’a rien de précipité, mais qui s’est construit dans le temps, jusqu’à devenir une évidence.
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