Dernière mise à jour le 28 août 2026

Pendant longtemps, quitter Paris est resté une idée discrète, presque difficile à s’avouer. Marie y avait pourtant construit une vie qu’elle aimait : une carrière dans le secteur de l’énergie, une grande liberté et cette impression de pouvoir tout faire, à toute heure. Mais derrière l’effervescence, une autre envie prenait peu à peu de la place. Celle d’une vie au bord de l’eau, plus proche de ses aspirations.

Il y a trois ans, après des mois de recherches et près de 60 visites de maisons, elle s’est installée avec son mari et leur jeune fils à Ploemeur, près de Lorient. Un déménagement accompagné d’un autre changement majeur : le développement à temps plein de son activité indépendante dans l’accompagnement du changement.

Paris, d’abord à contrecœur puis avec enthousiasme

Originaire de Rennes, Marie arrive à Quimper après ses études, avant de partir se former à Nancy. À l’issue de cette formation, deux possibilités professionnelles s’offrent à elle : Nantes ou Paris. Elle choisit finalement la capitale, où vit alors son compagnon de l’époque. « J’y suis allée un peu à contrecœur », reconnaît-elle. Mais ses réticences disparaissent rapidement.

Elle découvre une ville qui lui plaît et dans laquelle elle se sent libre. Elle travaille dans différents postes liés à la communication, au marketing, aux ressources humaines et à l’accompagnement du changement.

« J’adorais Paris. Je trouvais ma vie très chouette. Il y avait une forme d’euphorie à pouvoir faire ce que l’on voulait à toute heure. »

À cette époque, elle envisage même de poursuivre l’expérience dans une ville encore plus grande. New York l’attire pour son énergie et son côté mégalopole. Pourtant, une sensation plus difficile à expliquer apparaît au fil des années. À chaque retour de vacances, elle se sent moins bien. Elle essaie de se convaincre que Paris correspond toujours à la vie qu’elle souhaite mener, mais le doute s’installe progressivement.

Un projet de couple construit au fil des escapades

Lorsqu’elle rencontre celui qui deviendra son mari, Arnaud, un Parisien, ils découvrent rapidement une envie commune : partir. Aucun des deux ne sait encore exactement où aller, mais cette perspective devient peu à peu un véritable projet de couple. Ils abordent leur recherche avec méthode, mais aussi avec beaucoup de curiosité. Un fichier Excel rassemble leurs critères, leurs envies et les villes envisagées. Ils partent régulièrement en repérage, consultent les annonces immobilières et passent du temps sur place.

« On visitait les villes en buvant un café en terrasse, simplement pour ressentir l’ambiance. On se promenait beaucoup et on regardait les offres immobilières. »

Une image revient également dans l’esprit de Marie. Au cours de sa formation à Nancy, elle avait participé à un exercice de coaching qui consistait à imaginer sa vie idéale. Elle s’était alors projetée au bord de la mer. En comparant leurs critères, le couple s’oriente d’abord vers le nord de la France. C’est finalement son mari qui évoque la Bretagne. Une destination qui semble évidente aujourd’hui, mais qui ne l’était pas encore pour elle. Après 20 ans à Paris, Marie ne souhaite pas revenir exactement là où elle est née. Elle donne donc presque carte blanche à son mari, à une condition : vivre près de la mer.

Photo prise par Marie

Une erreur de GPS qui les mène à Ploemeur

Leur recherche se concentre d’abord autour de Vannes, dans le sud de la Bretagne. Le couple visite de nombreuses maisons, parfois éloignées de ce qu’il imaginait, parfois marquées par des problèmes importants. La recherche s’étire sur près d’un an. Marie passe jusqu’à deux heures par jour sur les annonces immobilières, avec l’impression de devoir trouver « la maison de sa vie ».

Puis une erreur de GPS change la trajectoire de leur projet. Alors qu’ils se rendent à une nouvelle visite avec leur bébé de huit mois, ils se retrouvent dans un village près de Lorient. Ils s’arrêtent à Ploemeur pour faire manger leur enfant. À la boulangerie, la commerçante réchauffe son petit pot. Le geste est simple, mais l’atmosphère de la ville leur plaît immédiatement.

« On s’y est vraiment sentis bien. »

Un agent immobilier les encourage ensuite à élargir leurs recherches autour de Lorient. Ils découvrent les plages du secteur et une côte qui leur correspond davantage. Ils finissent par trouver leur maison à Ploemeur, dans un environnement préservé et moins fréquenté l’été que certaines destinations voisines. Le prix de l’immobilier joue également dans leur décision. Ils réalisent qu’ils peuvent s’offrir une maison plus adaptée à leur projet familial. La distance avec Paris les faisait hésiter, mais le temps de trajet supplémentaire reste limité. 30 minutes de plus leur paraît finalement acceptable au regard de la qualité de vie recherchée.

Atelier de Marie

À 40 ans, écouter enfin « sa petite voix »

Le départ ne concerne pas uniquement le lieu de vie. Il implique également de remettre en question leurs situations professionnelles. Arnaud travaille déjà comme ostéopathe indépendant. De son côté, Marie hésite davantage à quitter le salariat. Le déclic arrive autour de ses 40 ans, pendant la période du Covid, alors qu’elle attend leur enfant. Elle ressent le besoin d’écouter davantage « sa petite voix intérieure ».

« J’avais envie de vivre une vie qui me faisait plus rêver. Je voulais aussi donner un bon modèle à mon fils : lui montrer qu’on ne doit pas sacrifier ses rêves ou accepter de vivre à moitié. »

Elle commence alors à se former au coaching tout en poursuivant son emploi. En 2021, elle lance son activité indépendante dans l’accompagnement du changement. Elle intervient auprès des entreprises à travers du coaching, de la formation et des conférences. Lorsqu’ils font finalement une offre sur leur maison, le couple a déjà vendu son appartement parisien et annoncé son départ. Attablés dans un restaurant de Ploemeur, ils réalisent que le projet est désormais bien réel. « On s’est dit : c’est parti, on saute dans cette nouvelle vie. » et c’est en 2023 que Marie se consacre pleinement à son activité indépendante.

Une vie encore partagée entre la Bretagne et Paris

Trois ans après leur installation, la transition n’est pas complètement terminée. Une grande partie de son activité professionnelle reste liée à Paris, où elle effectue régulièrement des allers-retours. Le couple n’a pas cherché à couper les ponts avec sa vie précédente. Paris continue d’occuper une place dans son activité, ses relations et son équilibre personnel. En Bretagne, son quotidien a toutefois profondément évolué. Marie pratique désormais la méditation, le yoga et la marche. Elle décrit avec humour le passage d’une « working girl en talons » à une vie beaucoup plus naturelle. Elle s’est aussi mise à la cuisine, ce qu’elle avait toujours laissé de côté à Paris. « Je ne cuisinais jamais. Ici, j’ai pris des cours, c’est devenu un vrai plaisir »

Elle apprécie également les relations de voisinage. Chacun conserve son intimité, mais l’entraide est présente. Des amis parisiens lui ont permis de rencontrer quelques personnes sur place, tandis que l’école de son fils et le voisinage facilitent progressivement les liens. Développer une vie sociale locale n’était pas leur priorité au moment de l’installation. Après avoir changé de lieu de vie, être devenus parents et transformé leur organisation professionnelle, ils ont eu besoin de temps pour se poser.

« Tout changer en même temps, ce n’est pas simple. C’était fatigant. Nous sommes installés ici depuis trois ans, mais nous sommes encore en transition. »

En revenant vivre en Bretagne, elle a aussi redécouvert des détails qui font tout le charme de son nouveau territoire : « Ce qui m’a surprise, ce sont les ciels spectaculaires, qui changent dix fois par jour. »

Photo prise par Marie

« Je n’ai jamais douté de notre choix »

Malgré les difficultés, Marie affirme n’avoir jamais regretté son départ : « C’était un choix de vie souhaité et réussi. Si c’était à refaire, je referais tout pareil. » Elle aurait peut-être orienté ses recherches directement vers Lorient plutôt que vers Vannes. Mais elle sait aussi que les longues semaines de visites, les désillusions immobilières et cette fameuse erreur de GPS ont été nécessaires pour trouver le lieu qui leur correspondait. Elle porte aujourd’hui un regard particulier sur Lorient. La ville ne révèle pas nécessairement tous ses atouts au premier coup d’œil, mais elle y a découvert une ambiance accueillante.

« Ce n’est peut-être pas la ville que l’on trouve la plus belle immédiatement. Mais derrière chaque porte, il y a une atmosphère chaleureuse. Il faut aller au-delà des apparences. »

Photo de Lorient prise par Marie

À celles et ceux qui envisagent à leur tour de partir, elle conseille avant tout de ne pas précipiter la réflexion : « Il faut prendre le temps de s’aligner et de comprendre ce que l’on veut réellement. Être accompagné par une personne extérieure peut aussi aider à prendre du recul et à faire les bons choix. Un projet comme celui-ci prend du temps. »

Photo prise par Marie

Le parcours de Marie rappelle qu’un projet de départ peut se construire longtemps avant de trouver sa destination. Il lui aura fallu des années pour écouter cette envie, puis près de 60 visites et quelques détours avant de découvrir Ploemeur presque par hasard. Trois ans après, sa vie reste encore partagée entre la Bretagne et Paris, notamment pour son activité professionnelle, mais elle n’a jamais regretté son choix. Une nouvelle vie qui ne s’est pas dessinée d’un seul coup, mais qui s’est précisée au fil des expériences, jusqu’à trouver un équilibre qui lui ressemble davantage.