Dernière mise à jour le 27 octobre 2026

Une tannerie devenue centre d’art, une filature où l’on peut désormais travailler en coworking ou utiliser une imprimante 3D, une manufacture transformée en quartier de ville… Lorsqu’une usine ferme, les mètres carrés restent, tout comme une partie de la mémoire locale. À Amilly, Thiers, Ronchamp, Morlaix ou Uzerche, plutôt que de repartir d’une page blanche, des collectivités ont choisi de travailler avec cet héritage industriel. Et derrière les façades conservées, les usages sont parfois très éloignés de ceux d’origine.

Pourquoi garder l’usine plutôt que repartir de zéro ?

Amilly : une ancienne tannerie devenue centre d’art

À Amilly, près de Montargis, les Tanneries Grandclément s’installent en 1947 sur une île formée par deux bras du Loing. L’activité cesse dans les années 1960 et le site devient progressivement une friche. Lorsque la commune rachète les bâtiments en 2002, elle récupère un ensemble de quatre constructions entourées d’un parc de près de trois hectares.

Le bâtiment principal, qui s’étend sur 3 600 m², n’a pourtant pas été rasé. Depuis 2016, il accueille Les Tanneries, un centre d’art contemporain où se croisent expositions, résidences et création artistique. Un autre bâtiment abrite l’École municipale d’art. Les grands volumes autrefois nécessaires au travail industriel se prêtent ainsi particulièrement bien aux œuvres monumentales.

La reconversion a conservé une partie de la personnalité du lieu : les artistes ne travaillent pas dans une boîte blanche construite pour eux, mais dans une ancienne usine dont les dimensions et les matériaux font partie de l’expérience.

Thiers : les anciennes coutelleries deviennent elles-mêmes des lieux de création

À Thiers, dans la vallée de la Durolle, l’histoire industrielle est encore visible dans les bâtiments accrochés au relief. Parmi eux, l’ancienne usine du Creux de l’Enfer accueille depuis plusieurs décennies un centre d’art contemporain. Restauré en 2025, le site propose désormais de nouveaux espaces ouverts au public, dont une salle au plus près de la rivière et un belvédère sur la vallée.

À quelques pas, l’usine du May a rejoint le centre d’art en 2021. Elle accueille des expositions, mais aussi un atelier destiné aux artistes, une boutique et des espaces de documentation. Depuis 2025, un passage relie même directement les deux anciennes usines.

La particularité de Thiers tient au fait que cette reconversion culturelle cohabite avec une coutellerie toujours bien vivante. Le passé industriel n’est donc pas uniquement exposé : autour de ces bâtiments, des entreprises et artisans continuent de produire.

Quand l’usine recommence à produire, mais autrement

Ronchamp : du coton au coworking et au fablab

En Haute-Saône, la Filature de Ronchamp est née au XIXe siècle autour du tissage puis de la filature de coton. Après plusieurs changements d’activité, le site finit par devenir une friche de grande ampleur : 9 200 m² de bâtiments sur dix hectares.

La communauté de communes lance sa reconversion à partir de 2013, en conservant plusieurs traces du passé industriel : sheds, ancien canal, turbine ou logement patronal. Mais les activités, elles, changent radicalement. Aujourd’hui, on y trouve notamment des studios de répétition, des espaces sportifs et événementiels, une Cour des Artisans et un tiers-lieu numérique.

La Filature 2.0 rassemble ainsi coworking, bureaux, studio photo et un fablab équipé de dix machines numériques. Une nouvelle forme de production s’est installée là où l’on fabriquait autrefois du textile. C’est justement le principe de nombreux projets collectifs qui redonnent des usages à des bâtiments existants : faire cohabiter travail, création et vie locale plutôt que réserver un site à une seule fonction.

Morlaix : la manufacture est devenue un quartier

À Morlaix, il aurait été difficile de traiter l’ancienne Manufacture des tabacs comme un simple bâtiment. Construite entre 1736 et 1740, elle a employé jusqu’à 1 800 personnes autour de 1880. Lorsqu’elle cesse définitivement son activité manufacturière en 2004, c’est donc tout un morceau de ville qui doit trouver un nouvel usage.

La réponse a été de ne pas en choisir un seul. La « Manu » accueille aujourd’hui entreprises, artisans, associations, artistes, enseignement supérieur, services administratifs, logements et activités culturelles. Le SEW réunit par exemple cinéma, musiques actuelles et création adaptée, tandis qu’un IUT occupe également le site.

La reconversion ressemble moins à celle d’un monument qu’à la fabrication progressive d’un quartier. Cette diversité rappelle aussi que les lieux de travail peuvent aujourd’hui prendre place dans des bâtiments très éloignés du bureau traditionnel.

Quand une friche change aussi la manière de vivre la ville

Uzerche : une papeterie devient un nouveau morceau de ville au bord de l’eau

À Uzerche, en Corrèze, l’ancienne papeterie installée le long de la Vézère a elle aussi changé de fonction. Son réaménagement a donné naissance à un écoquartier où se côtoient aujourd’hui spectacle vivant, expositions, ateliers, artisans et événements.

L’ancienne usine abrite notamment l’Auditorium Sophie-Dessus, une salle de plus de 300 places réhabilitée dans un bâtiment industriel, ainsi que la Halle Huguenot et différents espaces de création. Même la production n’a pas totalement quitté les lieux : des panneaux photovoltaïques ont été installés sur plusieurs toitures du site, tandis qu’une microcentrale hydroélectrique fonctionne sur l’écoquartier.

Autrement dit, un site autrefois lié à la fabrication du papier continue à accueillir du travail, de la création et même de la production d’énergie, mais sous de nouvelles formes. La logique se retrouve ailleurs, comme à Colombelles, où un ancien atelier de la Société Métallurgique de Normandie est devenu un tiers-lieu.

Une belle usine ne suffit pas à faire un lieu vivant

Ces projets ont un point commun : ils ne se limitent pas à restaurer une façade. Leur intérêt vient surtout des usages installés à l’intérieur. Un coworking peut attirer des indépendants, un atelier donner de la place à des artisans, une salle accueillir les associations locales et un équipement culturel faire venir des visiteurs qui fréquentent ensuite le reste de la ville.

Mais la transformation n’est pas automatique. Un bâtiment impressionnant peut rester vide s’il n’existe ni programmation, ni acteurs locaux, ni besoin auquel répondre. Les exemples de Ronchamp ou Morlaix fonctionnent justement parce que plusieurs usages se côtoient et permettent au lieu d’être fréquenté à différents moments de la semaine.

Une ancienne usine, cinq nouvelles vies

Ancienne activité Ce qu’on y trouve aujourd’hui
Tannerie d’Amilly Centre d’art et école municipale d’art
Usines de Thiers Expositions et ateliers d’artistes
Filature de Ronchamp Coworking, fablab, artisans, musique et sport
Manufacture de Morlaix Culture, entreprises, enseignement et logements
Papeterie d’Uzerche Spectacle vivant, ateliers, artisans et énergie

Le point commun ? La reconversion n’efface pas nécessairement l’histoire du bâtiment. Elle lui ajoute surtout de nouveaux utilisateurs.

Dans ces petites villes, faire revivre une usine permet de répondre à deux questions en même temps : que faire d’un patrimoine industriel devenu vacant, et quels lieux créer pour les besoins d’aujourd’hui ? Les réponses vont du centre d’art au fablab, parfois dans le même bâtiment. Et pour qui découvre une ville avec l’idée d’y rester un peu plus longtemps, ces reconversions racontent aussi quelque chose de son quotidien : où l’on travaille, où l’on crée, où l’on se retrouve et ce que le territoire choisit de faire de son histoire.

 

Sources : Ville d’Amilly et Centre d’art contemporain Les Tanneries ; Ville de Thiers ; La Filature de Ronchamp ; Morlaix Communauté ; Ville d’Uzerche et Auditorium Sophie-Dessus.

Crédit photo : Calips, CC BY-SA 3.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0>, via Wikimedia Commons