Dernière mise à jour le 28 octobre 2026
L’hiver donne parfois l’impression que toute la faune est partie se mettre à l’abri. Pourtant, pour certaines espèces, c’est exactement le bon moment pour sortir les jumelles. Des milliers de grues arrivent au Lac du Der, les oiseaux venus du nord occupent les zones humides, les flamants roses commencent leurs parades et les bouquetins restent actifs dans les Alpes. À condition de choisir des lieux où l’observation est organisée et de garder ses distances, la saison offre même quelques rencontres difficiles à reproduire en été. Voici six endroits où tenter sa chance sans déranger les animaux ni partir au hasard dans des secteurs chassés.
Des milliers d’oiseaux à observer autour des grands espaces d’eau
Au Lac du Der, attendre l’envol des grues avant le lever du soleil
Entre Champagne et Haute-Marne, le Lac du Der accueille les grues cendrées de mi-octobre à mi-mars. Elles passent la nuit au milieu du lac puis quittent leur dortoir dès les premières lueurs pour rejoindre les champs alentour. Le réveil doit donc sonner tôt, mais le site de Chantecoq facilite largement les choses. Son observatoire donne sur le lac et la digue permet de voir les groupes s’envoler au-dessus de l’eau. Certains matins, ils se comptent par dizaines de milliers. Le record reste impressionnant puisque 270 000 grues ont été comptées le 3 novembre 2019.
Le lac fait partie des paysages naturels particulièrement présents lorsqu’on parcourt la Haute-Marne et ses grands espaces. En hiver, il faut ajouter au paysage le bruit des grues qui commencent à claironner avant même que le soleil soit levé.
Au Marquenterre, reconnaître les oiseaux qui viennent passer l’hiver
Au cœur de la Réserve naturelle nationale de la baie de Somme, le Parc du Marquenterre offre une formule idéale lorsqu’on débute. Sur 200 hectares protégés, des sentiers relient plusieurs postes d’observation équipés de bancs et des guides peuvent aider à mettre un nom sur ce qui passe devant les jumelles. Plus de 300 espèces d’oiseaux ont déjà été observées ici. L’hiver apporte notamment son cortège de canards et autres migrateurs venus passer quelques mois sur les plans d’eau, marais et roselières.
Inutile d’enchaîner les kilomètres. Le plus efficace est souvent de rester un moment au même observatoire, de regarder les groupes se poser et d’attendre. Une autre manière de découvrir la baie de Somme au rythme de ses marées et de ses paysages.
Sur le littoral, phoques et flamants restent bien présents en hiver
Au Hourdel, regarder les phoques profiter des bancs de sable
La baie de Somme accueille deux espèces, le phoque veau-marin et le phoque gris. À marée basse, ils quittent l’eau pour se reposer sur les bancs de sable. Depuis le secteur du Hourdel, il est possible de les observer à la longue-vue ou aux jumelles sans s’aventurer vers leurs reposoirs. Le bon moment dépend donc moins de l’heure que de la marée. Consultez les horaires avant de partir et prévoyez une observation autour de la basse mer.
Surtout, ne confondez pas repos et détresse. Un phoque immobile sur le sable est généralement exactement là où il souhaite être. Picardie Nature recommande de conserver au moins 300 mètres de distance. Si l’animal relève la tête parce qu’il vous a repéré, c’est déjà le signe qu’il faut reculer.
À Pont de Gau, voir les flamants au moment de leurs parades
En Camargue, le Parc ornithologique de Pont de Gau concentre sur 60 hectares étangs, marais, roselières et sansouïres parcourus par des sentiers aménagés. Le site est ouvert pendant l’hiver et permet d’observer les oiseaux sauvages sans aller les chercher au milieu des zones humides.
Les flamants roses sont présents toute l’année, mais l’hiver correspond à l’une des périodes les plus intéressantes pour les regarder. Leur plumage est alors particulièrement coloré et les parades nuptiales commencent au début du mois de décembre pour se poursuivre jusqu’en mars. Sarcelles d’hiver, courlis, buses et autres hivernants complètent la sortie. Une bonne occasion d’ajouter une parenthèse nature à une découverte de la Camargue et de ses paysages de marais, sans limiter le territoire aux images estivales.
Bouquetins et faucons montrent que l’hiver ne se résume pas aux oiseaux d’eau
Dans les Écrins, observer les bouquetins avec une longue-vue
Le bouquetin n’hiberne pas. Pendant l’hiver, il continue à chercher sa nourriture sur les versants rocheux tout en limitant ses déplacements pour économiser son énergie. C’est précisément pour cette raison que l’observation doit rester à distance. Dans le massif des Cerces, face au parc national des Écrins, des accompagnateurs proposent de décembre à avril des sorties hivernales consacrées à l’espèce. Raquettes, jumelles et longue-vue permettent de repérer les animaux sur leurs vires sans chercher à les approcher.
La formule est particulièrement intéressante en hiver. L’accompagnateur adapte l’itinéraire aux conditions de neige et sait surtout où s’arrêter. Voir un bouquetin à la longue-vue reste une rencontre avec un animal sauvage, pas un objectif à atteindre coûte que coûte au bout du sentier.
À Albi, chercher les faucons pèlerins sur Sainte-Cécile
Dernière étape sans chaussures de randonnée. À Albi, il suffit de lever les yeux vers la cathédrale Sainte-Cécile. Des faucons pèlerins y sont observés depuis l’hiver 1988-1989 et un nichoir a été installé sur l’édifice dès février 1989. La LPO indique que les oiseaux sont plus faciles à repérer à partir de l’automne, notamment en fin de journée. Avec une paire de jumelles, cherchez les corniches, les parties hautes du clocher et les oiseaux qui tournent autour de l’édifice.
L’anecdote explique assez bien leur présence. Pour un faucon pèlerin, une grande cathédrale offre une hauteur et des postes d’observation qui rappellent les falaises utilisées dans son habitat naturel. La nature sauvage peut donc aussi commencer en plein centre-ville.
Où aller selon l’animal que vous voulez observer
| Animal | Lieu | Bon moment |
|---|---|---|
| Grue cendrée | Lac du Der | Avant le lever du soleil |
| Oiseaux hivernants | Marquenterre | Matinée |
| Phoques | Le Hourdel | Autour de la marée basse |
| Flamant rose | Pont de Gau | Matin ou fin de journée |
| Bouquetin | Massif des Cerces | Sortie accompagnée |
| Faucon pèlerin | Albi | Fin d’après-midi |
Dans tous les cas, jumelles et longue-vue sont de meilleurs alliés que quelques mètres gagnés vers l’animal. Restez sur les digues, sentiers et observatoires prévus, ne nourrissez pas la faune et renoncez à vous rapprocher dès qu’un animal modifie son comportement.
Cette sélection privilégie volontairement des réserves, sites aménagés, observations depuis le littoral, espace urbain ou sortie accompagnée. Si vous choisissez un autre secteur naturel en hiver, vérifiez toujours localement les jours et zones de chasse avant de partir.
L’hiver est donc loin d’être une saison vide pour observer la faune française. Il suffit parfois de changer complètement ses horaires et ses habitudes. Arriver avant le jour au bord d’un lac, consulter une marée plutôt qu’une météo ou rester vingt minutes devant la même roselière. Et la meilleure rencontre n’est pas forcément celle où l’animal apparaît à quelques mètres. C’est plutôt celle où il continue à voler, se nourrir ou se reposer comme si personne ne l’observait.
Sources ; Office de tourisme du Lac du Der ; Parc du Marquenterre ; Picardie Nature ; Parc ornithologique de Pont de Gau ; Parc national des Écrins ; LPO Occitanie.