Dernière mise à jour le 11 septembre 2026

Des fils de laine, un métier pouvant occuper une pièce entière et parfois plusieurs mois de travail : derrière une tapisserie se cache un processus bien plus complexe qu’un simple dessin reproduit en textile. Et cet art continue d’évoluer. Où découvrir l’art de la tapisserie en France ? D’Aubusson à Beauvais, plusieurs territoires permettent d’observer les lissiers travailler, de comprendre les techniques anciennes et de voir comment des artistes contemporains continuent à s’emparer de ce savoir-faire.

À Aubusson, voir six siècles de tapisserie dialoguer avec Miyazaki et Tolkien

La Cité internationale de la tapisserie comme point de départ

En Creuse, Aubusson reste indissociable de la tapisserie. Le savoir-faire local, pratiqué depuis près de six siècles, est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.

À la Cité internationale de la tapisserie, le parcours passe des œuvres anciennes aux créations contemporaines. Les grands projets inspirés de Tolkien ou de l’univers de Hayao Miyazaki montrent notamment que cet art ne s’est pas arrêté aux scènes historiques. La visite permet aussi de comprendre le travail de basse-lisse, typique du bassin Aubusson-Felletin. Ce savoir-faire occupe encore une place particulière parmi les métiers d’art en Creuse.

À Felletin, entrer directement dans les ateliers

Observer les lissiers chez Pinton

À quelques kilomètres d’Aubusson, Felletin permet de se rapprocher encore davantage de la fabrication. Les ateliers Pinton réalisent des tapisseries à la main sur des métiers de basse-lisse depuis le XIXe siècle. Lors des visites proposées à certaines périodes, on suit les différentes étapes : adaptation du dessin original, choix des matières et des couleurs, préparation des fils puis tissage. Les lissiers travaillent sur un métier horizontal, souvent pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois pour une seule œuvre.

Felletin compte également une filature de laine et plusieurs lieux liés à la tapisserie. Le territoire permet ainsi de comprendre tout l’écosystème qui existe derrière l’œuvre terminée.

À Angers, relier tapisserie médiévale et création du XXe siècle

De l’Apocalypse au Chant du Monde

À Angers, deux ensembles permettent de parcourir plusieurs siècles d’histoire textile. Au château, la Tapisserie de l’Apocalypse constitue le plus grand ensemble de tapisseries médiévales conservé au monde. Le Musée Jean-Lurçat et de la Tapisserie contemporaine poursuit l’histoire avec Le Chant du Monde. Commencée à la fin des années 1950, cette œuvre monumentale de Jean Lurçat a justement été tissée dans plusieurs ateliers d’Aubusson.

Le musée présente également des créations textiles contemporaines. Une bonne étape pour comprendre comment la tapisserie est passée du décor monumental à un véritable terrain d’expérimentation artistique.

À Beauvais, découvrir la basse-lisse dans une manufacture nationale

Des œuvres contemporaines sur des métiers horizontaux

Créée au XVIIe siècle, la Manufacture nationale de Beauvais continue aujourd’hui à produire des tapisseries destinées notamment aux collections publiques. Sa particularité tient à la technique : les lissiers travaillent en basse-lisse, sur des métiers horizontaux. La chaîne est tendue parallèlement au sol et le croisement des fils est commandé grâce à des pédales.

Les modèles ne sont pas forcément traditionnels. Des artistes modernes et contemporains ont fourni des projets à la manufacture, parmi lesquels Matisse, Picasso ou Le Corbusier. Le geste ancien devient ainsi un outil au service d’images beaucoup plus récentes. Cette continuité montre aussi que les métiers du savoir-faire et de l’artisanat ne consistent pas uniquement à reproduire les modèles du passé.

Basse-lisse, haute-lisse, canevas : comment une tapisserie est-elle réellement fabriquée ?

Technique Le principe À retenir
Basse-lisse La chaîne est tendue horizontalement. Le lissier travaille au-dessus du métier et construit l’image avec les fils de trame. C’est notamment la technique utilisée à Aubusson, Felletin et Beauvais.
Haute-lisse La chaîne est installée verticalement et le lissier travaille face au métier. Le principe de tissage reste proche, mais la position du métier change complètement.
Canevas Le fil est brodé sur une toile déjà existante. Techniquement, il ne s’agit donc pas du même procédé qu’une tapisserie tissée directement sur métier.

 

Dans une tapisserie tissée, l’image naît directement sur le métier. Les fils colorés constituent progressivement le motif plutôt que de recouvrir un tissu déjà fabriqué.

Le temps de réalisation dépend énormément du format et de la complexité de l’œuvre. Les grandes pièces nécessitent parfois plusieurs lissiers et de longs mois de travail.

Aubusson et Felletin offrent sans doute l’immersion la plus complète dans un territoire où toute une filière continue à vivre autour de la tapisserie. Angers permet de mesurer son évolution sur plusieurs siècles. À Beauvais, la manufacture nationale montre quant à elle comment une technique ancienne continue de servir la création contemporaine.

Pour choisir où découvrir l’art de la tapisserie en France, tout dépend donc de ce que vous voulez observer : une œuvre monumentale achevée, les mains d’un lissier en plein tissage ou le passage d’un dessin contemporain à plusieurs mètres carrés de laine. Une fois le métier vu de près, difficile de considérer une tapisserie comme un simple morceau de tissu accroché au mur.

 

Crédit photo principale : Kim Steele de Photo Images