Quitter Paris tout en restant en Ile-de-France ? C’est ce qu’a fait Amélie, qui a accepté de répondre à nos questions. Elle a fait le choix de quitter Paris pour une petite ville de Seine et Marne il y a quelques mois. Elle nous explique comment s’est passée son départ.
De l’envie de partir au départ concret, il n’y a qu’un pas à faire, à condition d’arriver à dépasser ses doutes et oser le changement…

La vie à Paris

AMELIE : Je suis venue à Paris pour mes études et j’y ai ensuite débuté ma vie professionnelle. J’ai d’abord vécu à Vincennes pendant deux ans (juste à côté du bois) puis à Paris intramuros pendant 7 ans. Je suis originaire de Seine et Marne, que j’ai toujours eu envie de retrouver car c’est le département d’Ile de France le plus étendu et le moins urbanisé, et j’y suis affectivement attachée (ma famille y réside encore).

J’y ai exercé (et y exerce toujours) le métier d’enseignante. J’ai d’abord passé mon doctorat tout en enseignant dans le supérieur pendant 5 ans. Puis, j’ai passé les concours de l’enseignement. J’ai ensuite exercé plusieurs années dans le secondaire à Paris et en banlieue et j’ai obtenu, tout récemment, un poste dans une université parisienne.

Mon compagnon, lui, a toujours vécu à Paris même s’il passait toutes ses vacances d’adolescent au vert, en Bretagne.

Les raisons du départ

Un logement trop petit et trop cher, sans extérieur

AMELIE : D’abord nous manquions d’un espace de vie suffisant : mon compagnon et moi nous sentions à l’étroit dans notre petit deux pièces même si ce dernier était bien agencé. Nous n’envisagions pas d’y rester pour toujours et le prix de l’immobilier nous a rebuté : envisager de louer plus grand ou même d’acheter aurait été possible mais difficile.

L’autre chose invivable à Paris est la promiscuité avec le voisinage et les vieux logements pourtant plein de charme mais très mal insonorisés (nous entendions nos voisins parler)

De plus, je ne me voyais pas vivre toute ma vie dans un logement sans accès sur l’extérieur, comme enfermée. Je ne cessais de répéter à mon compagnon que je ne me voyais pas renoncer à un extérieur agréable, que ce soit une terrasse ou un jardin, hors de prix à Paris.

Le manque de verdure

AMELIE : Ensuite, c’est un environnement vraiment verdoyant qui nous manquait : à Paris, les parcs sont bondés dès les beaux jours et tout le monde est à la recherche du moindre carré de pelouse. Quand nous allions aux Buttes Chaumont ou au jardin du Luxembourg, la balade était presque gâchée par les efforts qu’il fallait déployer pour nous y rendre (métros et/ ou bus bondés). Puis, pour couronner le tout, il était difficile de trouver un banc libre et parfois faire du slalom avec les autres promeneurs était nécessaire !

Nous sommes tous les deux très attachés à la verdure : moi parce que j’ai vécu dans une petite ville entourée de bois et de champs et mon conjoint parce qu’il a passé une partie de son enfance en Bretagne pendant les vacances. A Paris, il fallait prendre le train pour partir marcher dans un espace vert satisfaisant ! A une époque, on marchait beaucoup en forêt de Fontainebleau qu’on rejoignait dès qu’on pouvait. On y appréciait de longues randonnées mais là encore, que d’efforts pour s’y rendre : du métro, du train, du monde !

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Une lassitude vis à vis de la foule permanente

AMELIE : La foule, le monde très présent au moindre déplacement devenait pénible. Le week end, avec la fatigue de la semaine et les transports, nous n’avions pas envie de nous retrouver à nouveau dans les transports pour accéder à une animation. Un musée ? Une expo ? Il fallait encore braver la foule !

Nous l’avons fait beaucoup au début avec beaucoup de plaisir mais les années passent et nous n’avions plus qu’une envie : pouvoir agrandir notre espace de vie et nous sentir bien le week end chez nous et pouvoir, à l’occasion, facilement en sortir.

Le choix de la nouvelle ville

Le souhait de ne pas trop s’éloigner

AMELIE : Mon poste à Paris a été un critère important dans le choix de la ville. Je ne voulais pas trop m’éloigner de Paris pour cette raison et je voulais pouvoir y retourner souvent car je reste quand même urbaine. J’aime me balader en ville, faire les boutiques, découvrir des petits restaurants.

Le désir de rester proche de sa famille

AMELIE : Je ne voulais pas allonger la distance avec ma famille : il fallait trouver une ville qui offrirait de nombreux espaces verts avec suffisamment de commerces et de services tout cela à 1 heure maximum de Paris en train et qui permette de rejoindre facilement la ville où habite ma famille. Choisir une ville de proche banlieue était hors de question car le RER est trop lent et dessert des villes trop urbanisées dans lesquelles il est difficile de sortir en raison des bouchons. Tout simplement, cela ne collait pas avec le cadre verdoyant recherché.

Une décision en deux temps

AMELIE : Nous avions opté un temps pour la ville de Fontainebleau, dans le Sud de la Seine et Marne mais ce choix n’a pas pu se faire car cela m’éloignait de ma famille, établie dans le Nord Est du département, aux portes de la Champagne.

Et puis, quelques mois avant notre décision de partir de Paris, mon compagnon qui avait demandé naturellement une mutation en Seine et Marne (première étape de notre mise au vert) a obtenu un poste dans le Nord du département. Il fallait donc réfléchir à une ville où s’établir dans cette zone géographique désormais bien définie en sachant que nous ne voulions pas d’un endroit trop isolé. Nous voulions une petite ville comme il n’en existe que quelques unes et nous avons rapidement écarté la ville où mon compagnon est en poste à cause de la liaison avec Paris, trop longue.

Notre choix s’est donc porté sur la ville où j’ai grandi et où mes parents sont encore établis. Elle se situe à 15 kilomètres du poste de mon conjoint. Je craignais l’effet retour à la case départ mais pas du tout : c’est en tant que personne accomplie que j’y reviens et forte d’une expérience de vie riche. Et puis, à 30 ans passés, il était temps de se poser les bonnes questions et de faire les bons choix : être là pour ses parents lorsqu’on en a l’envie et la possibilité, tout en ayant un cadre de vie agréable à deux pas du poste de mon conjoint, c’est important !

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Comment s’est passé le changement ?

La recherche du logement

AMELIE : Ne sachant pas si nous allions nous plaire ici, nous avons opté pour la location. L’offre locative étant assez limitée, nous avons prospecté minutieusement et avons été très réactifs. Jusqu’au jour où nous sommes tombés sur le logement qui nous correspondait parfaitement. Concrètement, je suis partie de mon travail pour le visiter le jour même ! Vieux réflexe de parisien : ici, le marché n’est pas des plus tendus.

Le préavis posé, les doutes arrivent

AMELIE : Aller poster mon préavis a été particulièrement éprouvant : ça y est, je sautais le pas, après en avoir tant parlé. La vie ici, avec tout ce que j’y avais construit, n’allait-elle pas me manquer ? Ainsi que tout ce qui allait bientôt n’être que du passé : Les petites discussions avec la concierge de l’immeuble, le fourmillement à toute heure, les retours en métro du restaurant, les marches dans Paris, les lumières dans les rues en plein hiver, la vie, … ?

J’ai eu beaucoup de mal à l’envisager concrètement même si je voulais aussi beaucoup ce changement. Le déménagement et l’emménagement ont été une succession de petites angoisses. Je me disais que je ne retrouverai jamais ce que je laissais derrière moi tout en me persuadant du contraire, que je faisais peut-être une erreur tout en étant certaine que c’était ce qu’il fallait faire pour enfin vivre mieux.

Me rappeler ce qui me déplaisait m’a alors aidée

AMELIE : Je me rappelais soudain le dégoût ressenti dans le RER quand je rentrais du travail à l’idée de rentrer chez moi dans une ville si encombrée, si polluée, si peu tranquille, si fatiguante au fond pour qui aspire au calme. Je me rappelais aussi l’anonymat de la ville si déstabilisant au début pour qui n’est pas parisien et tous ses inconvénients : n’être personne, quelle drôle d’idée et rentrer du boulot tel un fantôme pour s’installer sur son petit canapé placé là non pas par choix mais par nécessité parce que c’est le seul coin disponible du petit séjour de 11 mètres carré.

Et maintenant le bilan

Un bilan plutôt positif

AMELIE : Finalement, l’emménagement s’est bien passé et nous nous sommes habitués à notre nouveau lieu de vie très rapidement. Le bilan est positif même si c’est encore récent.

Le trajet qui me sépare de mon travail est pour moi le seul bémol (c’est fatiguant mais seulement 3 jours par semaine car je travaille en partie chez moi), mais quand je rentre, notre superbe vue sur les vallons alentours et la rivière est ma récompense ! Le héron et le cormoran qui chassent en bas de chez nous valent tellement mieux que Paris !

Une meilleure qualité de vie

 quitter_paris_pour_la_seine_et_marneAMELIE : Nous avons gagné en qualité de vie. Notre espace de vie a plus que doublé, nous disposons d’un très bel espace ouvert sur la nature : rivière au premier plan et collines et forêts au second ! C’est magnifique, on ne s’en lasse pas !

Les commerces sont à 500 mètres de la maison et la gare à 800 mètres. Nos deux grandes terrasses nous permettent d’investir l’espace extérieur et de nous rapprocher encore un peu plus de cette verdure. Autre chose qui peut paraître futil mais qui compte : on a gagné en espace de rangement : à Paris, une partie de nos vêtements étaient toujours stockés sous le lit, désormais, tout est rangé et accessible. Cela peut paraître anodin mais c’est super important ! Paris vous pousse à acheter des choses mais vous n’avez plus de place pour les ranger après, encore une contradiction !

Un coût de la vie moins élevé

AMELIE : Financièrement, c’est très intéressant, la vie est moins chère et on va à l’essentiel : j’entends par là qu’à Paris, je pouvais ressortir plusieurs fois par jour pour faire des courses comme les commerces étaient en bas de l’appartement. Sans compter les multiples tentations avec les magasins à chaque coin de rue ! Au-delà de ça, tout est moins cher : très concrètement, jusqu’à trois euros de moins sur certains produits (lessives, produits d’entretien, de beauté, fruits, légumes).

Une vie tournée vers la nature

AMELIE : Nos habitudes de vie ont changé, on s’est naturellement adaptés à notre nouvel environnement, on est plus tournés vers l’extérieur. Ici, il nous suffit de quelques pas pour être dans la forêt ou pour piquer une tête. Tout cela, nous n’aurions bien sûr pas pu le faire à Paris. En un mot, j’ai l’habitude de dire que je me sens toujours en vacances et que j’habite sur mon lieu de vacances désormais !

De nouvelles relations humaines

AMELIE : La présence de la famille contribue à ce bien être. Les gens que j’aime « passent » à la maison et ça n’a pas de prix : plus besoin d’être en transit, de faire un trajet pour « retourner » les voir.

Nos amis qui sont restés à Paris viennent nous voir et on va aussi les voir. On se voit différemment : moins souvent et plus longtemps pour compenser la distance.

Les contacts avec les commerçants sont plus faciles et même les personnels des supermarchés sont plus disponibles. Les automobilistes s’arrêtent pour vous laisser passer. Tout est plus calme, plus serein.

Ce qui me manque

quitter_paris_pour_la_seine_et_marne_1AMELIE : Malgré les points positif, je me rends compte que ce qui me manque, c’est surtout la proximité de tout, quasiement à toute heure. Par exemple, quand j’avais un besoin précis, n’importe quoi (nourriture, bricolage, vêtement), je trouvais tout à deux pas, à quelques mètres à pied ou à quelques stations de métro, à n’importe quelle heure ou presque. Descendre au japonais à 21heures et trouver toujours du monde dans la rue, c’est très agréable. Ça faisait partie de mes habitudes. Mais comme toutes les habitudes, on peut les perdre et en créer d’autres et on ne peut pas tout avoir ! Un autre exemple, j’habitais à 10 minutes en métro des Grands Magasins et quand j’avais un petit coup de cafard, je partais m’y promener.

Toujours du monde, toujours fondue dans la foule, ça avait aussi du bon ! Il faut dire aussi que la vie parisienne tournait autour de la consommation. Cependant et quoi qu’on dise, je n’ai pas trouvé pour l’instant dans ma ville actuelle de substitut à ces petites marches rafraichissantes qui étaient bien plus : elles représentaient je crois les nombreuses possibilités de choses à faire, à voir. Le sentiment qu’on ne pourra jamais tout épuiser est très galvanisant et extrêmement rassurant aussi. Pour être honnête, je crois qu’il n’y a pas d’équivalent à ça. Mais voilà, les possibilités de pouvoir aller où on veut dans une ville comme Paris étaient gâchées par le monde.

Quelques virées à Paris

AMELIE : Je retourne souvent à Paris pour retrouver mes amies autour d’un bon repas, d’un café et pour y marcher et découvrir des petites boutiques car c’est évident que ça me manque (on peut marcher longtemps dans Paris sans arriver au bout et ça c’est super).

J’ai l’impression aujourd’hui de profiter de Paris sans en subir les inconvénients car vivre à Paris était bien fatiguant ! Je continue aujourd’hui à y faire ce que j’aimais y faire et c’est très agréable.

Un retour possible ? A notre sens, non, même pour nos vieux jours ! Paris est une trop belle ville pour se laisser enfermer par ses défauts.

Le champ des possibles s’est élargi

AMELIE : Autre aspect positif : ici, tout nous semble possible. Si on voulait se lancer dans une activité complémentaire, on pourrait, car l’espace ne manque pas. Devenir propriétaire est quelque chose de tout à fait accessible qu’on réalisera sans difficulté. Certains parlent d’avoir des enfants, nous on parle pour l’instant d’avoir un chien ! Les forêts pour se balader ici, ce n’est pas ce qui manque. On aurait pu en avoir un à Paris, mais est-ce qu’on aurait sauté le pas (peur qu’il gêne les voisins, qu’il soit lui-même dans un espace limité) ?

La Ferté Sous Jouarre, aux portes de la Champagne

Une petite ville calme de Seine et Marne

AMELIE : C’est une petite ville de presque 10 000 habitants, avec deux lycées, deux collèges, des commerces dans le centre ville historique, quelques supermarchés en périphérie et trois marchés hebdomadaires. La ville dispose de nombreux espaces verts : deux grands parcs et un espace naturel sensible sur les coteaux. La ville est tournée vers la campagne : elle est située à seulement 5 kilomètres de la Champagne. Elle se situe au confluent de la Marne et du Petit Morin, à équidistance de Paris et Reims et elle est traversée par la rivière.

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La ville est calme. Trop ? Elle cherche d’ailleurs à redynamiser son joli centre ville qui ne compte pas assez de commerces. Justement, je regrette qu’il n’y ait pas assez de commerces, pas de cinéma, de théâtre, que la ville n’ait pas une offre culturelle (et culinaire !) plus forte. Mais j’ai bien conscience qu’il y a aussi l’effet Paris dans ce jugement et qu’aucune ville ne peut soutenir la comparaison : même une grande ville de province, on en aura vite fait le tour, et l’offre culturelle sera sans comparaison.

De nombreux atouts

AMELIE : Une offre sportive intéressante et accessible (par exemple, les cours de boxe sont trois fois moins chers qu’à République, il y a aussi un club d’aviron, un centre équestre et un club de fitness), de très bonnes dessertes en transport en commun (transilien), la proximité de l’autoroute A4 qui nous permettra prochainement d’aller explorer les forêts de l’Est : Jura, Vosges… la ville a tout pour nous plaire.

Une vie avec permis et voiture

AMELIE : Je me réjouis vraiment à l’idée que nous ayons tous les deux notre permis (en bons parisiens, nous ne l’avions pas), à bientôt 35 ans, et que nous puissions explorer davantage encore la région !

La voiture ne remplacera pas les activités que j’avais dans Paris mais elle me permettra d’aller chercher mes « doses d’urbanité » de temps à autre hors de Paris et de diversifier mes activités ici : par exemple, aller me fournir en fruits et légumes directement chez les maraichers du coin et aller chercher le fromage à la ferme !

Peut être une ouverture vers un deuxième départ?

AMELIE : Et maintenant qu’on a eu le courage de partir de Paris, on se dit que tout est ouvert : si l’on souhaite par la suite déménager dans une ville plus commerçante de Seine et Marne, on le fera si on en a vraiment envie, de même si nous avons envie de partir pour une grande ville de province (en bord de mer, avec un climat plus chaud), on le fera probablement. Ce sera alors plus compliqué car en plus du changement de lieu de vie, il faudra aussi s’habituer à un autre travail. Mais quand on est libéré de Paris, on a des ailes !

D’autres choses à ajouter ?

AMELIE : Il est important de faire les choses étape par étape : si l’envie d’avoir plus d’espace et d’être dans un environnement moins stressant occupe beaucoup votre esprit, il faut sans doute passer à l’action. La décision n’est pas facile à prendre car tout changement fait peur et c’est bien naturel : un déménagement est un déracinement, quoi qu’on dise, on change d’environnement et il faut reconstruire, ça prend du temps, indépendamment de la question de quitter Paris. N’hésitez pas à bien faire la part des choses entre ce que vous allez gagner et perdre.

N’oubliez pas par contre, qu’on n’a qu’une seule vie et il est essentiel de ne pas se laisser entraîner par ses peurs ou ses habitudes : si vous voulez changer de ville lancez-vous.

Et surtout, penser que rien n’est définitif peut aider à franchir le pas : vous pourrez toujours revenir (mais à mon avis, vous n’en aurez plus envie !) ou partir ailleurs ! Partir « pas trop loin », dans une ville desservie par le transilien ou le TER est sans doute une bonne chose pour les plus frileux.

Un grand merci à Amélie pour avoir accepté de nous livrer un témoignage aussi complet !

Crédit Photo : Amélie